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Un sculpteur sur bois qui refuse de polir : sculpter les villageois qui l'entourent

Par la rédaction de HotNews3 min de lecture
Un sculpteur sur bois qui refuse de polir : sculpter les villageois qui l'entourent

Deng Kun sculpte des villageois. Pas des paysans idéalisés, pas des figures allégoriques, mais les personnes précises qui l’entourent, celles qui, au début, se plaignaient que son travail semblait grossier. Sa réponse, telle qu’il la raconte, était simple : il ne veut pas de poli. Il veut saisir la vérité d’un instant, et une surface polie l’effacerait à la ponceuse.

Deng est un sculpteur sur bois professionnel qui a étudié la sculpture à l’Institut des beaux-arts du Sichuan, à Chongqing, où il a obtenu sa licence et son master. Après ses études, il s’est installé à une dizaine de kilomètres du campus, sur la montagne Hufeng, un village perché dans l’orbite de la ville. Il y est resté, travaillant parmi les gens qu’il sculpte.

On lui demande sans cesse pourquoi il sculpte des villageois et ce qu’il cherche à dire. Sa réponse : il ne cherche à rien dire. Il sculpte ce qui est près de lui, ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce avec quoi il a un lien affectif. La logique, dit-il, est la suivante : pourquoi ne les sculpterais-je pas ?

La question du sujet le suit manifestement. Il affirme que, si les conditions le permettaient, s’il travaillait au centre de Shanghai, entouré de citadins à la mode, il les sculpterait aussi. Ils seraient tout aussi vivants et expressifs. Villageois et citadins, selon lui, sont le même genre de personnes, sans différence entre eux.

Cette position est discrètement incisive dans un monde de l’art chinois qui traite souvent les sujets ruraux comme une nostalgie ou un gage d’authenticité, et les sujets urbains comme la modernité par défaut. Deng résiste aux deux cadres. Pour lui, le village n’est pas un thème et la ville n’en est pas un non plus ; les deux ne sont que l’endroit où un sculpteur se trouve.

Le commentaire sur la rugosité est la partie la plus révélatrice. Les villageois lui disaient que son travail semblait grossier, et il traitait la plainte non comme un verdict, mais comme une méprise sur ce à quoi l’œuvre sert. Le bois, contrairement au bronze ou au marbre, porte des veines, des nœuds et la mémoire de l’arbre. Laisser visibles les marques d’outil maintient le processus présent dans l’objet fini. Polir rendrait la pièce plus lisse et plus vendable, et aussi moins semblable à la personne qu’elle représente.

Son récit esquisse aussi une petite géographie de la formation artistique chinoise. L’Institut des beaux-arts du Sichuan est l’une des écoles d’art établies du pays, et son département de sculpture pousse depuis longtemps les étudiants vers le travail manuel de la matière. La montagne Hufeng, assez proche du campus pour un trajet court mais assez éloignée pour avoir son propre monde social, a attiré des artistes et des ateliers au fil des ans. L’installation de Deng correspond à un schéma familier : les diplômés qui ne peuvent pas se payer un atelier en ville s’installent à proximité et finissent ancrés dans un lieu où ils ne comptaient pas rester.

Ce qui ressort le plus clairement, c’est une méthode de travail plutôt qu’un manifeste. Il sculpte les gens à qui il parle, et il laisse le bois rugueux parce que la rugosité est là où vit l’instant. Savoir si cette approche voyage, dans une rue de Shanghai ou ailleurs, est la question qu’il laisse ouverte.

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