À 66 ans, cette retraitée chinoise obtient son brevet de pilote et part à la conquête des pôles

Le brevet de pilote sportif de Liu Caiyun doit repasser son contrôle annuel ce mois-ci. Elle a volé deux fois cette année, et cela fait quatre mois qu’elle ne s’est pas assise dans un cockpit. Ce délai la dérange plus que la plupart des gens, car pendant les six premières décennies de sa vie, le cockpit n’était pas du tout au programme.
Aujourd’hui âgée de 66 ans et installée à Changsha, capitale de la province du Hunan, dans le centre de la Chine, Liu collectionne les titres comme d’autres collectionnent les souvenirs : titulaire d’un brevet de pilote sportif, présidente de l’association touristique de Liuyang, présidente d’une alliance régionale de culture et de tourisme, blogueuse, nageuse d’hiver, voyageuse polaire. Mis bout à bout, la liste ne la contient pas tout à fait. La retraite, selon elle, a été une succession de nouvelles identités plutôt qu’un long adieu aux anciennes.
Son parcours explique cet appétit. À 18 ans, elle a assumé la responsabilité de toute sa famille, et les décennies suivantes ont été organisées autour des besoins des autres. Le tournant est venu vers 60 ans, lorsqu’elle a décidé, selon ses mots, de prendre soin d’elle-même correctement. Le principe qu’elle offre à quiconque lui demande est direct : ne te fixe pas de limites et, quand tu vois quelque chose qui vaut la peine d’être fait, fais-le.
En pratique, cela s’est traduit par un régime d’entraînement qui épuiserait beaucoup de gens de la moitié de son âge. Apprendre à piloter un avion léger implique des cours au sol, la familiarisation avec les instruments, des heures avec un instructeur et un standard médical qui ne plie pas devant l’enthousiasme. Elle nage aussi en hiver, une activité qui exige de l’eau froide, de la discipline et une tolérance à l’inconfort que la plupart des gens perdent bien avant 66 ans.
La liste de voyages est tout aussi réfléchie. Elle a traversé des régions désertiques sans chemin balisé ni signal téléphonique, et elle s’est rendue aussi bien dans l’Arctique qu’en Antarctique, des voyages qui exigent planification, argent et endurance physique à peu près à parts égales. Son rôle à la tête d’organismes touristiques à Liuyang, une ville de niveau district connue dans toute la Chine pour son industrie pyrotechnique, la maintient connectée au secteur du voyage autant qu’aux voyages eux-mêmes.
Sa communauté en ligne s’est développée autour de la même idée. Les réseaux sociaux chinois regorgent de contenus sur la retraite, souvent consacrés aux petits-enfants, aux problèmes de santé et au dégraissage, et un courant plus restreint et plus bruyant porte sur ceux qui traitent les décennies après le travail comme un second départ. Liu appartient résolument au second camp, et ses publications suscitent généralement la même réaction : des lecteurs quinquagénaires demandant par où commencer.
Les réponses pratiques sont moins romantiques que les gros titres. Un brevet de pilote sportif n’est pas bon marché, et les contrôles annuels, les visites médicales et la location d’appareils continuent de coûter après l’obtention du certificat. Les voyages dans le désert et aux pôles comportent de vrais risques, et les itinéraires exigent des guides, une assurance et un niveau de forme physique qui ne s’improvise pas. La version de Liu du soin de soi est coûteuse, physique et parfois inconfortable.
C’est sans doute là tout l’intérêt. Son histoire touche parce qu’elle reformule le vieillissement comme un problème d’emploi du temps plutôt qu’un déclin, et parce que l’emploi du temps lui appartient. Le contrôle du brevet reviendra, et elle compte bien voler à ce moment-là.