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Une famille en deuil, un anniversaire rose et le prix de la mémoire publique

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Une famille en deuil, un anniversaire rose et le prix de la mémoire publique

Dans les collines aux abords de Taipei, un petit groupe s’est réuni cette semaine près d’une tombe de pierre sombre et l’a couverte de rose. L’occasion était un anniversaire : Barbie Hsu, l’actrice et animatrice de télévision taïwanaise morte il y a deux ans à 46 ans, aurait eu 48 ans. Sa mère, sa sœur cadette Dee Hsu et son mari, le musicien coréen Koo Jun-yup, portaient tous du rose, la couleur qu’elle aimait. Tout comme les amis qui avaient fait le déplacement pour les rejoindre, dont le couple Christine Fan et Blackie Chen. Sur la tombe reposaient des bouquets roses, une bouteille de champagne et les plats qu’elle commandait, disait-on, chaque fois que la famille dînait au restaurant.

Pour les lecteurs hors du monde sinophone, Barbie Hsu reste surtout connue comme la star de Meteor Garden, le drama de 2001 qui a transformé un manga japonais sur quatre lycéens fortunés et la fille qui leur tient tête en phénomène régional. C’est la série qui a fait découvrir la culture pop taïwanaise à une génération de téléspectateurs à travers l’Asie, et qui a fait de Hsu, alors au début de la vingtaine, l’un des visages les plus reconnaissables du petit écran. Elle a ensuite bâti une seconde carrière d’animatrice, d’autrice et de nom de marque de beauté, et son mariage avec Koo, retrouvailles d’un ancien amour, est devenu une histoire à part entière.

Ce qui l’a maintenue dans l’actualité, ce n’est pas seulement son œuvre. Sa mort a été soudaine et inattendue, et elle est survenue à un moment où sa vie privée était disséquée quotidiennement par les médias de divertissement et les comptes de réseaux sociaux. La réunion d’anniversaire est le dernier chapitre d’une longue querelle publique sur la manière dont une famille célèbre devrait être autorisée à faire son deuil.

Dee Hsu, elle-même animatrice chevronnée, a été la figure la plus visible de cette querelle. Elle a parlé à l’écran de l’étrangeté de vieillir plus qu’une sœur qui ne vieillira pas, et elle a répliqué, parfois vivement, à ceux qu’elle estime exploiter la perte de la famille pour attirer l’attention. Quand elle a déclaré cette semaine qu’à partir de l’année prochaine elle serait plus âgée que sa sœur, c’était le genre de phrase qui circule vite dans les médias sinophones parce qu’elle est à la fois banale et insupportable.

Il y a aussi une dimension commerciale. Dans le monde du divertissement sinophone, le deuil et le contenu ne se séparent pas facilement. Les anniversaires génèrent du trafic ; le trafic génère des commentaires ; les commentaires génèrent davantage de couverture. Les fans qui n’ont jamais rencontré Hsu laissent des messages sous d’anciens clips et achètent les rouges à lèvres qu’elle a autrefois promus. Les critiques soutiennent que la famille met en scène son chagrin. D’autres répondent qu’une famille qui a passé des décennies devant les caméras n’a plus de pièce privée où se retirer.

Pour les lecteurs du monde entier, cette histoire rappelle à quel point la célébrité fonctionne différemment sur des marchés où le public est immense, où la langue est partagée au-delà des frontières et où la frontière entre l’œuvre d’une star et son foyer n’a jamais vraiment tenu. Les films et les dramas de Hsu sont toujours en streaming ; son anniversaire est toujours en tendance. Les fleurs roses faneront, mais la querelle sur qui décide comment on se souvient d’elle, non.

Sa famille n’a annoncé aucun hommage public. La réunion de cette semaine, selon ceux qui l’ont décrite, était délibérément petite : un gâteau, quelques toasts, un long après-midi près d’une tombe. Qu’elle soit devenue une nouvelle est précisément le sujet.

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