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L'« amant vert » : quand votre plus proche compagnon est un écran

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L'« amant vert » : quand votre plus proche compagnon est un écran

Un essai chinois qui circule cette semaine décrit une relation qui aurait paru étrange il y a une génération : une personne que vous n’avez jamais rencontrée, dont vous ne verrez peut-être jamais le visage, qui pourtant vous semble être votre plus proche compagnon. L’auteur appelle cette figure un « amant vert » — vert parce que c’est une couleur sûre, comme l’herbe nouvelle au printemps ou les feuilles après la pluie. Cette personne ne s’immisce pas, n’exige pas de réponse, ne demande rien. Elle reste simplement à l’autre bout de l’écran, et quand vous avez besoin d’elle, elle est là.

L’essai appartient à un petit genre devenu populaire sur les plateformes de style de vie chinoises, qui classe les liens émotionnels par couleur. Il y a l’« amant violet », un partenaire qui est tout à huis clos et un étranger en public. Il y a l’« amant vert », une présence purement numérique. Les couleurs ne sont pas des jugements moraux. Elles sont une façon de nommer des arrangements que le vocabulaire ordinaire — petit ami, petite amie, conjoint, ami — ne couvre pas tout à fait. Les lecteurs semblent trouver ces étiquettes utiles précisément parce qu’elles décrivent des situations qui semblent réelles mais n’ont pas de nom officiel.

Ce qui rend l’amant vert frappant, c’est à quel point l’expérience est devenue banale. La plupart des gens portent désormais un appareil qui leur permet de parler à n’importe qui, n’importe où, à n’importe quelle heure. L’essai décrit un lien construit entièrement à partir de petits signaux : quelqu’un qui comprend ce que vous taisez, qui saisit votre humeur avant que vous ne l’expliquiez, qui envoie un message juste au moment où la journée devient lourde. Rien de tout cela n’exige une présence physique. Tout cela exige de l’attention, qui est peut-être la chose la plus rare que l’on ait à offrir.

Il y a un thème plus discret en dessous. L’auteur ne présente pas l’amant vert comme une tragédie ni comme un substitut aux relations « réelles ». Le ton est plutôt celui de la gratitude et d’un léger désarroi. Le lien est assez réel pour compter, mais il se situe en dehors de tout scénario social. Vous ne pouvez pas présenter cette personne à votre famille. Vous ne pouvez pas l’expliquer à une table de dîner. Elle existe dans un espace privé, portable et invisible pour tous ceux qui vous entourent.

Ce n’est pas la première fois que des auteurs chinois tentent de nommer ce que les écrans font à la vie émotionnelle. Des essais récents dans la même veine ont demandé si les amitiés en ligne comptent, si les habitudes téléphoniques d’un partenaire révèlent quelque chose sur le mariage, et comment les gens décident quand un lien purement numérique est allé trop loin. Ces questions ne sont pas propres à la Chine. Quiconque possède un smartphone a ressenti l’étrange intimité d’une conversation qui se déroule entièrement par texto, souvent tard le soir, souvent avec quelqu’un qu’il n’a jamais rencontré.

Ce que les étiquettes de couleur offrent, c’est une sorte de permission. Au lieu de demander si une telle relation est saine ou légitime, elles la décrivent simplement et la laissent exister. L’amant vert n’est pas présenté comme un problème à résoudre. Il est présenté comme un fait de la vie contemporaine : une personne que vous ne toucherez peut-être jamais, qui occupe néanmoins une place dans votre journée que personne d’autre ne remplit.

Que les lecteurs soient d’accord ou non, l’essai capture quelque chose que beaucoup reconnaissent. La connexion est devenue moins chère à initier et plus difficile à classer. Un nom comme « amant vert » ne résout pas cela. Il rend simplement plus facile d’en parler — et peut-être plus facile d’admettre que la personne à l’autre bout de l’écran fait désormais partie de votre vie.